Comment Danone fait face au SIDA en Afrique du Sud

3 mai 2009  |  dans Economie, International

photo : DR

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Un cinquième de la population active sud-africaine est touchée par le sida. Un fléau dont les entreprises ont bien mesuré les enjeux. A l’instar de Danone.

« A mon arrivée à la tête de Danone Clover, en 2006, en Afrique du Sud, j’ai voulu voir ce que les autres compagnies faisaient pour lutter contre le sida, explique Mariano Lozano, Pdg de l’entreprise à Johannesburg. Nous voulions dépasser le sentiment que nous étions totalement impuissants. »

En effet, si, longtemps, le pays a préféré détourner le regard face à l’ampleur de la pandémie, aujourd’hui, il ne peut plus se le permettre. Brian Mears, à la tête de la South African Business Coalition on HIV and AIDS (Sabcoha), estime que la croissance de l’Afrique du Sud pourrait être supérieure de 1,5 % sans le sida. Absentéisme, baisse de la productivité et des compétences, augmentation des coûts – en raison des décès – : ne rien faire face à la maladie coûte plus cher que de mettre en place une politique de lutte appropriée, même s’il est vrai que tous les secteurs ne sont pas concernés de la même manière. Danone, avec un taux de prévalence d’environ 10,4 %, se trouve dans la moyenne inférieure ; dans l’industrie minière, cette proportion peut atteindre les 40 %. Pourtant, Mariano Lozano a fait de cette question une priorité : « Si nous le faisons, ce n’est pas en pensant à un éventuel retour. Maintenant, s’il y a des effets positifs sur le groupe, tant mieux. » En janvier 2008, il prend donc contact avec l’organisme Lifeworks pour travailler à la mise en place, au sein de Danone – qui emploie 500 personnes dans le pays – d’un projet appelé “Stay AlHIVe”.

Discrimination

Le programme comporte plusieurs étapes : d’abord, la rencontre avec des spécialistes, qui inclut aussi de la prévention, et, surtout, la proposition de faire un dépistage gratuit. Ce premier pas est déjà problématique : beaucoup de Sud-Africains refusent de savoir et préfèrent vivre dans le doute. Etre sidéen est encore un tabou, y compris dans le monde du travail. Buyasiwe, 42 ans, a appris l’année dernière qu’elle était porteuse du virus et souffre de l’injustice de sa situation. « Je suis en forme, je pourrais travailler. Mais il y a une vraie discrimination à l’embauche », raconte-t-elle, dépitée, dans sa petite chambre de Soweto, un township très touché par la maladie. Pas de ça chez Danone, assure le Pdg. « S’il n’y a pas non plus de discrimination positive au bénéfice des malades, ce sont leurs compétences qui nous intéressent avant tout. » Dans l’entreprise, personne ne sait qui est séropositif : la seconde étape, celle du dépistage pour ceux qui le veulent, reste strictement confidentielle. « C’est très important, cette confiance ne doit pas être trahie. Parfois, les salariés en parlent pourtant spontanément, ou le dévoilent en demandant régulièrement une journée de congé pour se rendre à l’hôpital. Mais, pour nous, ça ne change rien. »

Programme de soins

Sur les 84 % de salariés qui sont venus à la première rencontre, 68 % connaissent actuellement leur état de santé. Environ 50 employés sont atteints, mais sont restés anonymes. Libre à eux, ensuite, d’adhérer au programme de soins mis en place au sein de Danone. Les trois quarts l’ont fait. Avantage non négligeable : le ou la conjointe du salarié concerné ainsi que jusqu’à trois enfants peuvent gratuitement bénéficier des traitements, Danone prenant leur coût en charge.

L’objectif est clair : aider ceux qui sont déjà malades, et faire en sorte de garder sains, d’année en année, les autres salariés. « Des améliorations peuvent encore être apportées, bien sûr », reconnaît le Pdg, faisant allusion à la situation de maris polygames, par exemple. Le porteur du virus doit faire un choix crucial parmi les membres de sa famille pour désigner qui pourra bénéficier des soins. A la question du coût de Stay alHIVe, Mariano Lozano s’abstient pudiquement de répondre. Ces programmes de lutte contre le sida au sein des entreprises sud-africaines devraient s’intensifier dans un futur proche, étant donné la gravité d’une « situation qui ne peut s’améliorer », selon Brian Mears.