Adoption en Haïti : Le mystère de Simon, arnaques et pognon
9 septembre 2010 | Publié par Leila Minano dans Enquêtes, International
Après le séisme du 12 janvier, les drames de l’adoption haïtienne se sont affichés partout. De la misère des enfants à la détresse des futurs parents, en passant par les revirements du gouvernement français, c’est avec beaucoup d’émotion qu’on a traité la question. Les familles ont-elles confondu humanitaire et adoption ? L’État est-il coupable de non-assistance à enfants en danger ? Accélérer les procédures d’adoption vers la France ou les stopper – pour éviter les trafics – que fallait-il faire ?
Sincèrement, après une enquête approfondie, Causette n’a pas réussi à trancher. La seule certitude, c’est que dans ce chaos, ces enfants sont les plus vulnérables. La tête à peu près froide, de Port-au-Prince à Paris, Causette revient sur quatre mois de confusion.

Le petit Simon, en tee-shirt rouge et bermuda vert, parmi les autres enfants, le 20 janvier 2010, quelques jours après le séisme. Photo : C. Fohlen
C’est une histoire exemplaire : Simon, 3 ans, en cours d’adoption par un couple de Français au moment du séisme, serait « mort, faute de soins, le 18 mars, à l’hôpital de Pétionville des suites d’une infection pulmonaire ». Voilà ce qu’on a pu lire dans les journaux sur ce qui est devenu « l’affaire du Petit Simon ». Mais comment en être sûr ? Il n’y a pas de vrai certificat de décès (celui délivré ayant été reconnu comme un faux), pas d’acte d’inhumation… Quant au procès-verbal de l’enquête haïtienne, — dont Causette a eu lecture exclusive —, les gendarmes français y révèlent des témoignages très contradictoires sur ce « décès ». Et si le petit Simon n’était pas mort ? Et s’il n’avait jamais été hospitalisé ? Et s’il ne s’appelait pas Simon, mais Simon-Jephté ? Autant d’interrogations autour de la disparition de ce petit Haïtien, devenu, en France, le symbole du combat pour l’accélération du rapatriement des enfants adoptés.
Une seule certitude demeure : le garçon a disparu du Coeur de Marie, l’orphelinat où il se trouvait depuis deux ans. « L’affaire du petit Simon » est à l’image de ce qu’il se passe en Haïti depuis le 12 janvier : le chaos du séisme, des erreurs politiques, des arnaques, des victimes, parents et enfants, et de l’émotion. Beaucoup d’émotion. C’est aussi une partie de la réponse à la question que tout le monde se pose : la France aurait-elle dû rapatrier tous les enfants adoptés ? Et par là, porte-t-elle la responsabilité de la disparition du petit Simon-Jephté ?
Les orphelinats dans le chaos du séisme

Photo : Corentin Fohlen
Mercredi 13 janvier. Les Haïtiens découvrent le désastre d’un séisme historique au coeur d’une capitale de quatre millions d’habitants. Les orphelinats, comme les habitations, les tribunaux, les ministères et les administrations, sont à terre. À l’intérieur et quelquefois sous les décombres, un millier d’enfants en cours d’adoption par des Français. Au Coeur de Marie, l’orphelinat de Simon-Jephté, les bâtiments n’ont pas résisté aux secousses. Les enfants jouent à même le sol, dans la cour, sous une bâche. Certains, choqués, refusent de parler. Simon (que nous avions alors rencontré), plus tranquille que les autres, s’amuse dans un coin avec une petite chaise en bois. « Personne ne nous vient en aide », se plaignait à l’époque la directrice de crèche (orphelinat pour les enfants jusqu’à 8 ans), Ariane Rubino. Une semaine plus tôt, Emmanuela, 2 ans, en procédure d’adoption, est décédée. « Quand je l’ai emmenée à l’hôpital – plusieurs jours après le séisme – il était déjà trop tard, il n’y avait pas de médicaments pour la sauver », sanglotait la directrice. En une phrase, elle mettait déjà en cause la responsabilité du Quai d’Orsay : « Il ne reste plus que les enfants français ici. Ce drame aurait pu être évité… »
Au lendemain du séisme, contrairement aux pays qui évacuent tous « leurs » enfants, la France choisit une procédure de rapatriement d’urgence sélective des enfants ayant eu un jugement d’homologation (une décision du
juge local qui valide l’adoption). Autrement dit, la procédure habituelle est raccourcie de moitié, mais n’est pas totalement supprimée (comme le font les États-Unis ou le Canada). Cette accélération permettra à 372 enfants sur un millier en cours de procédure de partir dans le mois qui a suivi le séisme, soit six fois plus qu’en temps normal.
Le cri d’alarme des psychologues

Photo : Corentin Fohlen
Mais le 18 février, le Quai d’Orsay annonce brutalement l’arrêt des rapatriements d’urgence. Ce changement de
politique résulte d’une bataille engagée par des psychologues et des psychiatres au début des rapatriements. L’état psychique des enfants effare les spécialistes de santé. « Les premiers vols ont été très marquants », témoigne Vincent Fournel, le psychiatre responsable de la cellule d’urgence en Guadeloupe où transitaient les enfants rapatriés. « On constatait des manifestations psychologiques jamais vues par la plupart d’entre nous. Les enfants étaient dans un état de stupeur, hagards, avec des manifestations comportementales de balancement. Certains se tapaient la tête par terre ou contre les murs. » Selon le psychiatre, ces signes de traumatismes multiples sont liés tant au séisme et au chaos haïtien qu’au rapatriement d’urgence. De l’autre côté de l’Atlantique, Hélène Romano, psychologue référente de la cellule d’urgence à Orly, supervise la rencontre des enfants traumatisés avec leurs parents adoptifs, souvent épuisés par l’angoisse. Si certaines rencontres se passent bien, d’autres sont calamiteuses. Des parents déchirent la lettre d’une mère biologique, d’autres interpellent d’emblée leur enfant par son nouveau prénom et un couple s’inquiète d’attraper la gale au contact de leur petit. Un père secoue violemment son enfant pour faire cesser ses pleurs. Dans une lettre alarmiste adressée à l’ambassadeur des Droits de l’Homme, François Zimeray, quatre spécialistes de l’enfance et de la santé dénoncent ces adoptions de l’urgence, qui « compromettent le processus adoptif, mais aussi l’avenir psychologique des enfants et, au pire, peuvent conduire à une maltraitance physique et psychique de l’enfant ». Après le cri d’angoisse des familles, le Quai d’Orsay répond au cri d’alarme des psychologues. Une mission d’experts de la santé est envoyée en Haïti pour examiner l’état physique et psychique de 117 enfants initialement concernés par le dispositif d’urgence. À défaut de pouvoir organiser la rencontre des enfants avec leur famille en Haïti, un sas d’accueil est créé en Guadeloupe, qui favoriserait en milieu créolophone une rencontre apaisée et encadrée par des professionnels de santé.
La détresse des parents

Photo : Corentin Fohlen
Le collectif SOS Haïti Enfants Adoptés, une association de 900 parents – dont la majorité n’ont pas de jugement d’homologation – montée au lendemain du séisme, crie au scandale face à ce revirement inattendu. À l’expertise des psys, les parents adoptants répondent par la détresse, encore plus médiatisée. Certains accusent carrément le Quai d’Orsay de « sacrifier » les bambins sur l’autel de la politique. L’angoisse des parents vis-à-vis de « leurs » enfants blessés, malnutris, malades s’étale dans toute la presse. Les élus locaux et nationaux envoient des centaines
de lettres de soutien aux familles. « Pour certains enfants, je reçois dix lettres de députés différents », témoigne Jean-Pierre Guegan, consul de France en Haïti qui a, sur ordre du Quai, concentré son activité sur le problème de l’adoption uniquement. À l’instar du collectif, des dizaines d’associations, des forums, des blogs, des groupes Facebook se montent. Leur cible principale : le Quai d’Orsay. Pris entre la colère des parents et l’alerte des psys, le Quai d’Orsay maintient sa position. Une source diplomatique nous confie : « C’est le fonctionnement du système de l’adoption en Haïti qui a provoqué une telle émotion ». En effet, la procédure haïtienne permet aux parents de s’adresser directement aux crèches, sans passer par des organismes agréés (adoption de procédure individuelle). À réception d’une demande, chaque directrice envoie aux parents une photo de l’enfant qu’elle a choisi pour eux (c’est « l’apparentement »). « À partir de ce moment-là, les familles considèrent que cet enfant est le “leur”, alors que c’est faux. Il faut le jugement d’homologation pour qu’il soit légalement adopté, poursuit le Quai. Nous voulions aussi éviter qu’il y ait des erreurs causées par des départs précipités. C’est d’ailleurs ce qu’il s’est passé quand un de nos enfants s’est retrouvé rapatrié aux États-Unis. » L’ambassadeur du SAI (Service d’adoption internationale) explique même que le Canada l’appelle sans arrêt « car ils ne savent pas comment donner un cadre juridique aux enfants rapatriés sans jugement ». Et, last but not least : « La position de Bernard Kouchner a aussi compté. Ce dernier pense qu’il faut s’occuper de tous les enfants haïtiens, pas seulement des adoptés. Avant tout, il faut faire en sorte que les petits restent dans leur famille biologique. » Voila pourquoi le Quai d’Orsay maintient le cap, au grand désarroi des familles, des directrices de crèches et quelquefois de… ses propres services.
La misère tarifée des directrices de crèches

Ariane Rubino, directrice de la crèche du Coeur de Marie, dans ses nouveaux locaux, mars 2010. Photo : Corentin Fohlen
Nous sommes à Port-au-Prince, dans le bureau de Didier Le Bret, ambassadeur de France en Haïti. Une partie du bâtiment ayant été détruit, les représentants de l’Hexagone, diplomates ou gendarmes, cohabitent, à l’étroit dans un même immeuble. Persuadée de rencontrer un fidèle soldat du Quai d’Orsay, mes questions « dérangeantes » et mon Bic au poing, je me prépare à engager la bataille stressante d’une interview-anti-langue-de-bois. Et puis… je range vite le tout dans mon sac à dos quand je m’aperçois que le diplomate n’a même pas besoin de questions pour parler. « Nous avons dû stopper les évacuations à cause de l’alerte des psys, commente-t-il. Je ne comprends pas cette décision, ces enfants étaient déjà traumatisés avant le séisme. À quoi s’attendaient-ils avec des enfants abandonnés par leurs parents ? Choqués par les secousses et les événements qui ont suivi ? » Selon lui, même les autorités haïtiennes voulaient que les enfants soient rapatriés. Et le jeune ambassadeur de vraiment s’énerver : « Attendre encore, c’est prendre le risque que les enfants soient les proies des trafiquants et que les parents se fassent encore arnaquer par les directrices de crèches qui leur réclament de l’argent. » Il est vrai que ce tremblement de terre aura au moins permis de montrer que l’adoption est un business florissant en Haïti. Les crèches, organismes privés, demandent aux parents de verser entre 6 000 et 10 000 euros pour entamer la procédure. Une somme servant à « couvrir les frais de dossier, d’avocat et d’entretien de l’enfant pendant les deux ans de la procédure », selon Emmanuelle Guerry, porte-parole du collectif SOS Enfants Adoptés. Mais c’est surtout une somme astronomique – 7 millions d’euros par an depuis 2002 – dans un pays où la majorité de la population survit avec moins d’un dollar par jour. Et même si un agrément est nécessaire pour tracter avec les parents français, la réalité des crèches labellisées2 est tellement diverse qu’il n’offre aucune garantie. « Certains enfants vivent à vingt dans une pièce unique, alors que les parents ont payé les 10 000 euros, argumente l’ambassadeur du SAI. En réalité, ces millions nourrissent un business indigne où toute une chaîne de personnes – directrices de crèches, avocats et fonctionnaires véreux – profite de la misère des familles haïtiennes. » Et d’ajouter : « 80 % des enfants en procédure ont toujours des parents biologiques et ne sont donc pas orphelins. » D’ailleurs, les familles biologiques restent souvent très présentes après l’abandon et certaines, inquiètes, ont rendu visite à leur enfant au lendemain du séisme. C’est ainsi que, selon un des témoignages du procès-verbal, la mère et la grand-mère de Simon-Jephté auraient été au chevet de l’enfant lorsqu’il rendait son dernier souffle. Une source diplomatique va même jusqu’à remettre en cause la validité de la procédure d’adoption, car la mère du petit garçon, toxicomane, n’aurait pas, en réalité, confié l’enfant à la crèche. C’est sa grand-mère qui aurait pris cette décision. Rien de très surprenant pour le responsable de l’Unicef en Haïti : « Il n’y a pas d’état civil ici, n’importe qui peut venir avec un enfant qui n’est pas le sien et le vendre à une crèche qui a reçu une demande d’adoption. » Selon l’ambassadeur et le SAI, les directrices de crèches auraient même profité de « l’aubaine » du séisme pour réclamer encore plus d’argent aux parents angoissés. « Ariane (la directrice de la crèche de Simon, Ndlr) a soutiré des milliers d’euros aux parents », a accusé Didier Le Bret. Même Bernard Kouchner, interrogé sur la mort du petit Simon, remet en cause l’honnêteté de la directrice qui « serait partie en vacances aux États-Unis » depuis quelques semaines, laissant les enfants seuls avec le personnel. Mais, si la directrice de la crèche d’Emmanuela et de Simon-Jephté est coupable, elle est loin d’être la seule responsable dans cette affaire. Car il est un fait indéniable : les 117 petits Haïtiens en procédure avec des Français, comme une grande partie des enfants du pays, sont toujours en danger en Haïti. Et pas seulement dans la crèche d’Ariane Rubino.
Les enfants en danger

Soeur Véronique, directrice de la crèche Notre-Dame-des-Victoires, mars 2010. Photo : Corentin Fohlen
Le Coeur de Marie qui, « grâce à la générosité des parents », a déménagé dans une maison gigantesque, fait figure de modèle aujourd’hui. Ailleurs, d’autres enfants en cours d’adoption vivent toujours sous des bâches et sont tombés malades. Certains jouent à quelques mètres des corps des autres petits, morts sous les décombres. D’autres encore ont tout bonnement disparu pendant plusieurs semaines. C’est ce qu’il s’est passé à la crèche Notre-Dame des Victoires, un orphelinat effondré où huit enfants sont en cours d’adoption par des Français. À la mi-mars, Emmanuelle, du collectif SOS Enfants Adoptés, est venue inspecter la crèche : « Nous prenons des informations pour les transmettre aux parents, ensuite nous faisons des comptes-rendus », explique la jeune femme. Alors qu’elle demande à soeur Véronique, la directrice, où se trouvent les enfants en procédure d’adoption pour les prendre en photo, celle-ci répond : « Il s’est passé quelque chose d’incroyable, six d’entre eux ont disparu. » Deux semaines auparavant, un médecin américain serait venu chercher vingt-trois enfants de la crèche (dont huit en procédure d’adoption). « Il m’a dit qu’ils étaient tuberculeux, et comme il avait un crucifix tatoué sur le torse, je l’ai laissé les emmener », justifie, plaintive, la directrice de 82 ans. Les enfants finiront par être retrouvés trois semaines après leur disparition par l’ambassade, alertée par Emmanuelle, dans une autre crèche où ils avaient été placés par les autorités haïtiennes. À entendre cette histoire, mais aussi celle de Simon-Jephté, on a du mal à comprendre comment l’ambassade en charge de la tournée des crèches a pu passer à côté de cela. Car d’après un argumentaire envoyé par le Quai d’Orsay à ses services : « Une tournée systématique des crèches, appuyée par la sécurité civile ou la gendarmerie et un relais en direction du PAM (Programme de l’alimentation mondiale) et d’ONG » auraient été mis en place. On comprend mieux lorsque l’on discute avec le consul et l’ambassadeur de France en Haïti. Pour eux, « la tournée systématique » équivaut à « toutes les crèches ont été visitées au moins une fois ». Un peu léger comme systématisme en trois mois ? Insuffisant en tout cas, si l’on considère qu’entre les visites, les enfants ont pu tomber malades, disparaître pendant des semaines. « L’ambassade a fait ce qu’elle a pu, répond le ministère des Affaires étrangères. Les crèches sont privées et avant le séisme, certaines étaient déjà dans un état lamentable. On ne peut pas tout changer comme ça. » Et d’ajouter : « La moitié des enfants n’étaient pas encore adoptés, et la compétence revient aux autorités haïtiennes. » À des milliers de kilomètres de là, de l’autre côté de l’Atlantique, Didier Le Bret, lui, considère qu’il n’a « pas les moyens » nécessaires pour mettre en place un vrai suivi des crèches.
Toujours des questions

Photo : Corentin Fohlen
Reste la mission de professionnels envoyés par le ministère des Affaires étrangères du 26 février au 7 mars pour examiner l’état physique et psychologique des 117 enfants « avec jugement ». Selon un extrait du rapport transmis par le ministère, celle-ci aurait fait le tour de dix-huit crèches où se trouvaient ces enfants. En réalité, les pédopsychiatres, psychologues et professionnels de l’adoption de la mission n’ont pu examiner que 112 enfants car cinq d’entre eux étaient « absents ». D’après les experts, ces absents pourraient être restés dans leurs familles biologiques alors même qu’ils étaient apparentés à des couples français. Ceci s’explique par la spécificité du système de l’adoption haïtienne où le lien n’est pas forcément coupé entre l’enfant et sa famille d’origine. Mais cela n’est évidemment qu’une supposition, car comme pour Simon-Jephté, personne ne sait en réalité ce qu’il est advenu de ces cinq absents. Autre information intéressante : selon le Quai d’Orsay, la mission est passée à la crèche de Simon alors qu’il n’était pas encore déclaré décédé (le faux certificat établi par la directrice est daté du 18 mars). Seulement… Simon-Jephté ne faisait pas partie des 117, il est donc possible qu’il n’ait pas été examiné. « C’était trop douloureux de faire de la discrimination entre les enfants. Nous avons donc ausculté d’autres enfants que les 117 », précise un des membres de la mission. « Mais on ne nous donnait pas leurs noms. Je ne me souviens pas de Simon. » Malheureusement il est impossible de se procurer la totalité du rapport de la mission, et donc de savoir si Simon a été examiné, ni même s’il faisait partie des enfants « absents ». Seule certitude : avant le séisme, Simon-Jephté souffrait d’une fragilité physique liée à une malnutrition antérieure. Ensuite, le petit garçon rescapé a vécu sous une bâche pendant des semaines. A-t-il fini par tomber malade ? Sa famille biologique est-elle venue le récupérer ? Un diplomate évoque même la possibilité qu’Ariane l’ait confié à une autre famille adoptante dans un autre pays. Simon « vendu » deux fois par la trouble Ariane ? Des dizaines d’hypothèses plus vraisemblables les unes que les autres circulent sur cette disparition, mais pour l’heure, aucune ne l’emporte sur les autres. Reste à savoir qui porte la responsabilité de « la disparition ». Le Quai d’Orsay, qui n’a pas donné les moyens d’un suivi sur place ? Les directrices de crèches, qui font du business sans vraiment s’occuper des enfants ? Le système d’adoption haïtien, qui permet de nourrir les trafiquants ? Sans doute un peu tout à la fois. Enfin, rappelons que les drames que sont ces disparitions se comptent en dizaines de milliers en Haïti. Avant et après le séisme. Mais on parle de Simon parce qu’il aurait pu être français.
L.M. avec Lou Marannes
7 Commentaires | Partager | Tags: adoption, Haïti
« A Haïti en ce moment, l’adoption et le parrainage d’enfants sont les plus importantes opérations pour gagner de l’argent , » Susie Krabacher
A growing mission of mercy and sharing.
Aspen-based Haiti relief workers reflect seven months after the earthquake
VVia United Adoptees International – News.
http://uai-news.blogspot.com/2010/09/adoption-and-child-sponsorship-is.html
Madame
je vois que vous avez écrit beaucoup d’articles sur Haiti depuis le séisme.Mais malheureusement,ils ne font pas parti des meilleurs bien que vous dénonciez la réalité.En effet,dans l’article ci dessus ,vous culpabilisez un peu plus les parents adoptants dont je fais parti.Notre premier petit garçon est décédé lors du séisme.J’ai pu me rendre à la crèche qq jours après le séisme et plusieurs fois depuis.A chaque fois,que j’ai revue la maman bio de notre fils (car je dis bien Notre:le sien et le mien,nous avons partagé des émotions que vous êtes bien incapable de faire ressortir dans votre article.Nous parents adoptants sommes convaincus que la France aurait pu agir en temps et en heure comme l’ont fait d’autres pays !L’ambassadeur du SAI aurait donc donné des conseils au Canadiens qui ont su rapatrier les enfants identifiés et confiés à l’adoption alors que la France est incapable de prendre la bonne décision pour sauver les siens!vous me faites bien rire!
Vivre à 20 dans une pièce,c’est aussi la vie en Haiti,vous n’êtes pas à Paris.
enfin ,j’aurai tellemnt de choses à dire sur votre article qui dit quelques vérités parmi un tas d’immondices que je préfère m’arr^ter là!
Cordialement
FC Famille endeuillée suite au séisme
C’est moche d’écrire des choses pareilles, de jeter le discrédit sur tous les acteurs de ce drame, pour éviter d’isoler les responsabilités des coupables. Ca veut dire protéger les fautifs en masquant leurs erreurs dans un sordide amalgame.
Les creches en Haïti sont privées car il n’en existe pas de publiques, cela ne veut pas dire qu’il s’agit d’un business ouvert aux profiteurs bien au contraire. Les créches recoivent une homologation du gouvernement qui les controle et sans lesquelles elles ne peuvent oeuvrer. Par ailleurs, les creches travaillent avec des OAA européennes ou américaines qui les aident et controlent scrupuleusement l’usage fait des fonds versés. Les encadrants et les personnels de ces creches font preuve d’un dévouement sans pareil. Il s’agit d’oeuvres dont les responsables généralement occidentaux ou bénéficiant d’ue double nationalité engloutissent leur patrimoine. Vos insinuations a leur propos sont vraiment pitoyables quand on connait la réalité de leur action.
Les familles haïtiennes ayant confié leur enfant en vue d’une adoption doivent se justifier sur leur choix devant un tribunal, et confirmer leur volonté à plusieurs reprises, il ne s’agit donc pas d’un acte qui se fait à la légère et sans contrôle. Les enfants font d’ailleurs l’objet d’une enquête et leur histoire sociale est rédigée par des fonctionnaires de l’administration haïtienne qui les rencontrent.
Les enfants sauvés du drame et arrivés en France sont d’une santé pétulente et ont trouvé le foyer, la famille qui leur manquait. Je vous invite à vous rendre chez eux pour vous rendre contre du bonheur dans lequel ces familles évoluent. Je précise que ces familles ont toutes connu des procédure allant de 3 à 5 ans entre la démarche d’obtention d’un agrément en vue d’une adoption et le moment de l’arrivée de l’enfant.
Enfin, vous omettez de parler des difficultés qui se multiplient depuis le séisme en France pour les adoptants pour obtenir un jugement d’adoption plénière pour leurs enfants. La plupart des TGI, sous l’impulsion d’une simple circulaire d’un des diplomates si « formidable » que vous avez interviewé n’en délivrent plus depuis janvier 2010, mystérieusement alors que la justice est inépendante en France, que le droit reconnait cette possibilité, que cela s’est toujours fait jusqu’à maintenant…
Bref, j’ignore vos motivations à écrire un tel article mais je le trouve faux, indigne, insultants pour les gens qui sacrifient le plus aux enfants haïtiens et terriblement bienveillants à l’égard des gens qui rendent le parcours de l’adoption interminable et qui ont, par leur inaction, provoqué la mort non pas d’un seul enfant mais d’au moins 3 !
Haïti: « Accélérer » les adoptions internationales à la suite d’une catastrophe naturelle … prévenir les dommages futurs.
Le nouveau rapport du SSI [http://bit.ly/bbjzEh] examine les pratiques de l’adoption internationale suite au tremblement de terre en Haïti. Haïti a été un pays d’origine «populaire», en ce sens que des milliers d’enfants se trouvaient à un certain stade du processus d’adoption- parfois simplement « identifiés » comme potentiellement adoptables – au moment du séisme. Les réponses des «pays d’accueil » et autres relatives à l’adoption ultérieure des enfants déplacés à l’étranger furent diverses et contrastées. Ce rapport passe en revue et analyse la vaste gamme de réponses et de mesures exceptionnelles mises en œuvre par certains pays en vue d’accélérer, dans un premier temps, le transfert des enfants (à l’égard desquels un jugement d’adoption avaient été rendu) et, dans un deuxième temps, les adoptions et autres procédures préalables à l’adoption (sans jugement).
Dans le cadre de ces mesures exceptionnelles, l’objectif principal de ce rapport est d’identifier les leçons à tirer de cette situation afin de prévenir les dommages futurs. Ce n’est pas l’intention du rapport de dénoncer un pays en particulier, mais plutôt de fournir une analyse objective des mesures expéditives déployées, à l’encontre du cadre posé par les normes internationales.
Source : ISS – Service Social International. 3 septembre 2010.
Vous etes vraiment sans scrupule et sans pudeur d`ecrire des malversations comme cela au publique, c`est denigrer l`ethique des gens, vous etes jeune et faites partie de cette vie toujours alors l`avenir dira le reste pour vous.
BONNE CHANCE???
Cher lecteur,
Un certain nombre de précisions par rapport à l’article sur lequel vous réagissez (bon nombre d’entre-elles sont par ailleurs déjà dans l’article).
1) Le label de l’IBESR n’est malheureusement pas une garantie de la bonne tenue d’une crèche. Pour en avoir visité une bonne dizaine, toutes ayant reçu cet aval, je peux vous dire que l’on y voit le pire comme le meilleur. Si mon avis ne vous convainc pas, il vous suffit de lire les comptes-rendus des « inspections » du collectif SOS adoption qui je le crois sont accessibles à la demande. Ce qui me permet de rebondir sur l’argument « nous sommes à Haïti, tous les enfants sont à 20 dans une pièce ». Et bien non, ce n’est pas le cas, bien que nous soyons à Haïti. Pour exemple, la 2e crèche d’Ariane Rubino ou d’autres que j’ai eu l’occasion de visiter.
2) Tout comme le label de l’IBESR, parmi le personnel, en premier lieu les directrices de crèches, on trouve le pire comme le meilleur. Je donne pour exemple cette directrice qui a laissé partir deux dizaines d’enfants avec un médecin inconnu sous prétexte que ce dernier avait un crucifix tatoué. Certaines directrices sont également l’objet de poursuites judiciaires, comme je le précise dans l’article, alors il s’agit peut être de cabales contre elles, mais ce n’est pas à moi d’en juger, c’est au tribunal. Il m’a semblé juste de le dire, surtout après avoir lu le procès verbal concernant la mort de Simon-Jephté et interrogé plusieurs protagonistes qui corroborent cette version.
3) A aucun moment je n’ai voulu dédouaner l’Etat français et le ministère des Affaires étrangères. Seulement, nous ne pointons évidemment pas les mêmes responsabilités. Je précise bien que « le suivi des crèches », faute de moyens selon l’ambassade, n’a pas été fait de manière régulière contrairement à ce qui a été annoncé. Pour preuve : la disparition de ces enfants de la crèche. Par contre il est vrai que nous donnons également la parole aux psychologues qui remettent en cause ces départs précipités (ce en quoi le rapport publié par un autre commentateur nous donne raison) et nous pointons les erreurs commises par les Etats étrangers qui ont rapatrié en urgence.
4) L’objet de cet article n’est absolument pas de culpabiliser les parents adoptants, et je suis ravie que vos rapports avec les familles biologiques soient bons. Malheureusement ce n’est toujours pas le cas et aujourd’hui à Haïti, l’adoption internationale est un business florissant, dont les premières victimes sont les familles biologiques des enfants et les enfants eux-mêmes. J’ai suivi l’affaire après, et de nombreuses tentatives d’enlèvements dans les camps de réfugiés ont eu lieu après le séisme, ces enfants, pour certains, étaient proposés « à la vente » aux crèches. Sans parler des enfants qui sont déposés sur le palier de la crèche, quant aux faux actes de naissance et les fausses enquêtes sur « l’histoire sociale » de ces enfants trouvés, ils sont malheureusement légion. Tout simplement parce que pour certains de ces enfants qui sont dans les crèches labellisées, même les directrices sont incapables de certifier d’où ils viennent. Enfin, et je crois qu’il faut le dire, 80% des enfants adoptés à Haïti ne sont pas orphelins et certains des parents sont « contraints » d’abandonner leurs enfants car ils n’ont pas les moyens de s’en occuper.
5) La délivrance d’un jugement rendue difficile depuis le séisme, n’est pas « un mystère », il suffit d’aller faire un tour à l’IBESR (sous une bâche, dans une cour), dans les tribunaux de la capitale (la majorité des crèches) pour se rendre compte que les dossiers sont sous les décombres, les juges décédés ou endeuillés, tout comme les avocats, etc. Il est vrai toutefois que de nombreux pays ont fait le choix de passer outre ce jugement pour rapatrier (et la France aurait pu le faire sans aucun doute, puisque même les autorités haïtiennes ont insisté dixit l’ambassade), il est même évident que de nouvelles directives sont arrivées après l’alerte des psychologues, mais là non plus ce n’est pas un secret, ni un mystère. Mais il est vrai aussi que des erreurs ont été commises dans ces rapatriements, que des enfants ont été mélangés, d’autres choqués. Et, je le crois, nous avons présenté les deux avis.
6) Je crois qu’au final la question fondamentale à laquelle il ne m’appartient pas de répondre est: « L’Etat aurait-il du accélérer, connaissant le traumatisme, les risques d’erreurs possibles, sous le prétexte que la vie des enfants étaient en danger ? » Si l’on répond oui à cette question, il faut se demander : « pourquoi ceux-là, et pas tous les enfants d’Haïti qui sont aussi en danger ? » « Parce qu’ils étaient Français ? » Non, légalement, avant le jugement d’adoption, malgré « l’apparentement», ils sont toujours Haïtiens, pour certains toujours liés à leurs parents biologiques et pas encore « des enfants adoptés par des Français».
Si l’on a parlé du petit Simon, ce n’est pas « parce qu’il aurait pu être français » …..
Si l’on a parlé du petit Simon, c’est parce que c’était un petit garçon « adoptable » , dont les parents biologiques avaient renoncé à leurs droits parentaux… et confié à l’adoption internationale …
Si l’on a parlé du petit Simon, c’est parce que ses parents adoptifs l’attendaient depuis des années….
Si l’on a parlé du petit Simon, c’est parce qu’il aurait du être rapatrié, comme de nombreux enfants haïtiens adoptés par nos voisins européens…..
Si l’on a parlé du petit Simon, c’est peut-être parce que cet enfant était en danger, et que les autorités compétentes, sur place en Haïti et en France, étaient au courant de son état de santé….
Si l’on a parlé du petit Simon, c’est peut-être parce qu’il aurait pu être sauvé…..
Confrère journaliste …..
Vérifiez vos sources!